Quand un enfant ne veut plus parler de ses perceptions

Pendant quelque temps, votre enfant vous a parlé de ce qu’il voyait, entendait ou ressentait. Il racontait la présence d’une personne que vous ne pouviez pas voir. Il disait savoir certaines choses sans pouvoir expliquer comment. Il évoquait un défunt, une sensation, une image, un rêve particulièrement précis…

Vous avez essayé de l’écouter sans vous moquer de lui, sans nier ce qu’il disait vivre et, autant que possible, sans l’inquiéter davantage.

Puis un jour, plus rien : votre enfant ne parle plus de ses perceptions.

Et une question peut naturellement apparaître chez le parent : Est-ce que cela s’est arrêté… ou est-ce qu’il ne veut simplement plus m’en parler ?

Tous les silences ne racontent pas la même histoire

La première chose à garder à l’esprit est qu’un silence, à lui seul, ne permet aucune conclusion.

Les perceptions ont peut-être diminué ou disparu. Elles sont peut-être toujours présentes, mais l’enfant n’y accorde plus autant d’importance.

Il peut aussi avoir compris que ce qu’il raconte inquiète ses parents, surprend son entourage ou provoque trop de questions. Il peut avoir été confronté au scepticisme ou aux moqueries. Il peut ne plus trouver les mots pour expliquer ce qu’il ressent. Il peut vouloir préserver quelque chose qui lui appartient… ou il peut simplement avoir décidé que, pour l’instant, il préfère s’occuper d’autre chose.

Car un enfant n’est pas seulement ce qu’il perçoit.

« Pour l’instant, je me donne le droit d’être une enfant »

J’ai connu une petite fille qui, depuis toute petite, relatait des expériences et des perceptions particulièrement nombreuses et étonnantes… visions d’Anges, de son Ange Gardien, de « monstres qui l’embêtaient », de défunts, de « vieux messieurs » qui lui apprenaient « des trucs » comme lire dans les lignes de la main, etc.

Puis, vers huit ou neuf ans, elle a décidé de ne plus en parler.

Lorsque je l’ai interrogée à ce sujet, sa réponse m’a profondément marquée : « Oh, je sais ce que j’aurai à faire. Pour l’instant, je me donne le droit d’être une enfant ! »

Elle avait huit ou neuf ans.

Quelle que soit l’interprétation que chacun peut donner aux expériences qu’elle avait racontées jusque-là, sa réponse témoignait d’une étonnante capacité à poser elle-même une limite.

Elle ne demandait pas aux adultes de décider si ses perceptions devaient être développées, entretenues ou abandonnées. Elle revendiquait quelque chose de beaucoup plus simple et de beaucoup plus essentiel : le droit de vivre son enfance.

Tous les enfants n’auront évidemment pas les mots pour exprimer leur choix avec une telle maturité.

Certains répondront simplement :

« Je ne sais pas. »

« Je n’ai plus envie d’en parler.»… ou hausseront les épaules avant de retourner jouer.

Et cela aussi mérite d’être entendu.

Faut-il lui poser des questions ?

Lorsque les récits s’arrêtent, la tentation du parent peut être de vérifier :

« Tu vois toujours cette personne ? »

« Tu entends encore des choses ? »

« Ça ne t’arrive plus ? »

Ces questions partent généralement d’une bonne intention. Le parent veut s’assurer que tout va bien. Cependant, posées régulièrement, elles peuvent avoir un effet que l’on ne recherchait pas : maintenir l’attention de l’enfant sur un phénomène dont il était peut-être justement en train de se détourner.

Il existe une différence importante entre rester disponible et solliciter le récit.

Une phrase toute simple peut suffire : « Si quelque chose te dérange, te fait peur ou si un jour tu as envie de m’en parler, tu peux toujours venir me voir. »

La porte est ouverte.

Il n’est pas nécessaire de rester devant.

Observer son bien-être plutôt que ses perceptions

Si l’enfant ne souhaite plus parler de ses perceptions, un autre repère peut devenir beaucoup plus précieux :

Comment va-t-il ? Continue-t-il à jouer, rire, dormir normalement ? Va-t-il volontiers à l’école ? Conserve-t-il ses amis, ses activités, ses centres d’intérêt ? Son comportement reste-t-il globalement le même ?

Un enfant qui ne parle plus de ses perceptions mais poursuit tranquillement sa vie quotidienne ne nous donne pas les mêmes raisons de nous interroger qu’un enfant qui, parallèlement, devient très anxieux, se replie, dort mal, refuse soudainement certaines situations, s’isole ou présente un changement important et durable de comportement.

Dans ce second cas, ce n’est pas le silence sur d’éventuelles perceptions qui doit être notre seul centre d’attention : c’est la souffrance éventuelle de l’enfant.

Et si celle-ci devient importante ou persistante, il est alors pertinent de chercher de l’aide auprès d’un professionnel compétent, sans présumer de l’origine de son mal-être.

Ne pas enfermer l’enfant dans une identité

Il existe également un risque plus discret.

Lorsqu’un enfant raconte régulièrement des expériences inhabituelles, son entourage peut progressivement commencer à le regarder à travers elles.

« Il est médium. »

« Elle voit les défunts. »

« C’est lui qui ressent tout. »

Même prononcées avec bienveillance, ces phrases peuvent finir par devenir une identité que l’enfant n’a pas choisie.

Or il est peut-être aussi – et surtout – celui qui adore le football, celle qui dessine pendant des heures, celui qui déteste ranger sa chambre, celle qui veut devenir vétérinaire ou celui qui préfère parler de son nouveau jeu plutôt que de ce qu’il a éventuellement aperçu la veille.

Ses perceptions, quelles qu’elles soient, ne devraient pas résumer qui il est.

C’est aussi pour cette raison qu’à l’Association Enfants Médiums nous n’avons pas pour vocation le développement de capacités chez les enfants.

Notre rôle est d’informer, de rassurer et d’accompagner lorsqu’un enfant ou une famille rencontre des expériences qu’ils ne savent pas comment comprendre ou gérer.

Pas de faire de ces expériences le centre de la vie de l’enfant.

Respecter aussi son jardin secret

Grandir, c’est également construire progressivement son intimité.

Un enfant n’est pas obligé de raconter à ses parents chacune de ses pensées, chacun de ses rêves, chacune de ses sensations ou chacune de ses expériences.

Bien sûr, lorsqu’il existe des signes de souffrance, de peur ou de danger, l’adulte doit rester attentif et intervenir si nécessaire. Mais en dehors de ces situations, respecter l’enfant signifie aussi accepter qu’une partie de son monde intérieur lui appartienne.

Nous pouvons lui offrir un espace où sa parole sera accueillie.

Nous ne pouvons pas lui imposer de l’occuper.

Et puis… retourner vivre

Peut-être est-ce finalement l’une des choses les plus simples et les plus importantes que nous puissions faire.

L’enfant sait qu’il peut parler. Il sait qu’il ne sera ni moqué ni immédiatement défini par ce qu’il raconte. Il sait également qu’il peut choisir de ne pas en parler.

Alors on retourne à la vie.

À l’école, aux copains, au sport, aux dessins, aux jeux, aux disputes entre frères et sœurs, aux goûters, aux fous rires… et à cette chambre qu’il faudra probablement demander encore trois fois de ranger.

L’enfance ne devrait pas devenir une salle d’attente dans laquelle un enfant patienterait jusqu’au jour où il devrait accomplir quelque chose avec ses perceptions.

Elle mérite d’être vécue pour elle-même.

La petite fille dont je parlais plus haut l’avait peut-être résumé mieux que beaucoup d’adultes :

« Pour l’instant, je me donne le droit d’être une enfant. »

Peut-être pouvons-nous simplement lui reconnaître ce droit.

Écouter un enfant, ce n’est pas seulement accueillir ce qu’il nous raconte : c’est aussi savoir respecter ce qu’il choisit de ne plus raconter.

Par Nathalie Grégoire pour AEM

🎥 À voir aussi — Témoignage de parent

À la suite de la publication de cet article, Teresa nous a contactés pour nous raconter l’expérience vécue avec sa propre fille.

Depuis son enfance, celle-ci lui rapporte des expériences qu’elles interprètent comme des précognitions. Teresa a accepté de témoigner pour AEM et de raconter simplement leur parcours de mère et de fille.

Découvrez son témoignage en vidéo :

[VIDÉO YOUTUBE INTÉGRÉE]

Un témoignage est le récit d’une expérience personnelle. Il n’a pas vocation à démontrer ou à généraliser ce qui est rapporté.