La médiumnité est-elle transgénérationnelle ?
Une question que beaucoup de familles se posent
Dans ma propre famille, mon arrière-grand-mère maternelle était connue comme guérisseuse, tandis que ma grand-mère paternelle était coupeuse de feu.
En grandissant, cette histoire familiale m’a naturellement amenée à me poser une question que beaucoup de parents finissent eux aussi par se poser :
Certaines sensibilités peuvent-elles traverser les générations ?
Je ne considère pas mon parcours comme une preuve.
Il est simplement le point de départ d’une réflexion.
Car au fil des années, j’ai rencontré de nombreuses familles qui m’ont confié des histoires étonnamment semblables.
Une grand-mère réputée pour soulager les brûlures.
Un grand-père dont l’intuition étonnait son entourage.
Une tante qui faisait des rêves très marquants.
Un parent particulièrement sensible depuis l’enfance.
Puis, un jour, un enfant qui commence à vivre des expériences qui interrogent toute la famille.
La question surgit alors presque naturellement : « Est-ce que cela se transmet ? »
Cette interrogation est légitime.
Mais avant même de chercher à y répondre, peut-être est-il utile de prendre un peu de recul.
Car derrière cette question se cache souvent une autre préoccupation, plus profonde encore : « Comment accompagner mon enfant sans projeter sur lui ma propre histoire familiale ? »
Et c’est peut-être là que commence véritablement le rôle du parent.
Ce que nous observons… et ce que nous ne pouvons pourtant pas affirmer
Dans de nombreuses familles, il existe effectivement des histoires qui semblent se répondre d’une génération à l’autre.
Certaines personnes évoquent un grand-parent guérisseur, un parent particulièrement intuitif, un oncle qui faisait des rêves étonnants ou une tante dont les ressentis surprenaient son entourage.
Ces récits existent.
Ils méritent d’être écoutés avec respect.
Mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer qu’une capacité se transmet automatiquement d’une génération à l’autre.
Chaque histoire est unique.
Chaque enfant l’est tout autant.
C’est pourquoi il est important de distinguer ce que nous observons… de ce que nous pouvons conclure.
Plusieurs regards sont possibles
Lorsqu’une même sensibilité semble apparaître dans plusieurs générations d’une famille, plusieurs pistes de compréhension peuvent être envisagées.
Certaines mettent en avant l’éducation.
Un enfant qui grandit dans une famille où l’on parle librement d’intuition, de rêves ou de ressentis sera peut-être plus enclin à raconter ce qu’il vit.
D’autres évoquent la transmission de certains traits de personnalité, comme une grande sensibilité, une forte capacité d’observation ou une attention particulière portée au monde intérieur.
D’autres encore y voient une dimension spirituelle, considérant que certaines dispositions pourraient traverser les générations.
Aujourd’hui, aucune de ces hypothèses ne permet d’expliquer à elle seule toutes les situations rencontrées.
Et c’est peut-être une bonne chose.
Car cela nous invite à rester humbles.
Mais rester humble face à ce que nous ne savons pas ne signifie pas devoir ignorer ce que nous connaissons déjà.
L’histoire familiale fait partie des repères dont dispose naturellement un parent. Lorsqu’une expérience vécue par son enfant lui rappelle celle d’un proche — ou la sienne — il est humain qu’il établisse un rapprochement. Et ce rapprochement peut même avoir une fonction précieuse : mettre un peu de connu autour de ce qui, jusque-là, semblait inconnu.
Tout l’enjeu sera alors de faire de cette ressemblance un repère possible, sans en faire une explication certaine.
Quand l’histoire familiale devient rassurante
Lorsqu’un enfant raconte une expérience inhabituelle, il est naturel que le parent cherche dans sa propre histoire des éléments auxquels la raccrocher.
« Ta grand-mère racontait la même chose. »
« Ton oncle faisait lui aussi des rêves très particuliers lorsqu’il était enfant. »
« Cela ressemble à ce que j’ai vécu à ton âge. »
Ces rapprochements ne sont pas nécessairement des projections. Ils peuvent même être profondément rassurants.
Pour le parent, reconnaître quelque chose de familier dans une situation nouvelle permet parfois de retrouver un cadre connu et, avec lui, davantage de sérénité.
Pour l’enfant, découvrir qu’une personne de sa famille a vécu une expérience ressemblant à la sienne peut également être apaisant. Il comprend qu’il n’est pas seul, que ce qu’il raconte ne provoque ni rejet ni inquiétude et qu’il peut continuer à en parler librement.
L’histoire familiale peut ainsi devenir un point d’appui.
Mais un point d’appui n’est pas une conclusion.
Dire à un enfant : « Cela ressemble à ce que vivait ton oncle » laisse son expérience ouverte.
Lui dire : « Tu es comme ton oncle » commence déjà à lui attribuer une histoire qui n’est peut-être pas la sienne.
La nuance peut sembler minime. Elle est pourtant essentielle.
Nous pouvons utiliser ce que nous connaissons pour rassurer un enfant, sans pour autant décider à sa place de la nature de ce qu’il vit.
Le connu peut rassurer face à l’inconnu. Il ne doit pas devenir un modèle dans lequel l’enfant devra entrer.
Et c’est précisément pour cette raison que, même lorsqu’une histoire semble se répéter d’une génération à l’autre, l’enfant doit rester libre d’écrire la sienne.
L’enfant n’est jamais le prolongement de son histoire familiale
Même lorsqu’une famille compte plusieurs personnes ayant vécu des expériences inhabituelles, il est essentiel de ne pas regarder l’enfant à travers cette seule histoire.
Il n’a pas à confirmer une tradition familiale.
Il n’a pas à devenir, malgré lui, « le nouveau guérisseur », « la médium de la famille » ou celui qui prolongera un héritage.
Chaque enfant est une personne à part entière.
Avec sa sensibilité.
Son rythme.
Ses questionnements.
Et sa propre manière d’habiter le monde.
Parfois, un enfant issu d’une famille où ces expériences sont fréquentes ne vivra rien de particulier.
À l’inverse, certains enfants vivent des expériences qui interrogent alors même qu’aucun antécédent familial n’est connu.
Ces situations nous rappellent une chose essentielle : l’histoire familiale peut éclairer certaines questions cependant elle ne doit jamais écrire l’histoire de l’enfant.
Ce que peut faire un parent
Si votre enfant vous parle d’une expérience qui vous rappelle votre propre histoire familiale, prenez le temps de l’écouter avant d’y voir une confirmation de vos convictions.
Votre vécu peut être une richesse.
Il peut aussi, parfois, influencer votre manière d’interpréter ce que vit votre enfant.
C’est pourquoi il est précieux de rester disponible à ce qu’il exprime réellement, sans chercher à faire entrer son expérience dans un récit déjà écrit.
Accompagner un enfant, c’est accepter de découvrir avec lui une histoire que personne ne connaît encore.
Conclusion
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si la médiumnité est transgénérationnelle.
La véritable question est peut-être celle-ci : sommes-nous capables d’accueillir chaque enfant pour ce qu’il est avant de chercher à savoir d’où vient ce qu’il vit ?
La recherche continuera probablement d’explorer les mécanismes de certaines transmissions familiales.
Les témoignages continueront, eux aussi, d’interroger.
Mais, en attendant d’en savoir davantage, une chose demeure essentielle : chaque enfant mérite d’être rencontré pour lui-même.
Parce que son histoire ne commence pas avec celle de ses ancêtres.
Elle commence aujourd’hui.
Avec lui.
Par Nathalie Grégoire, pour AEM


